Submitted: janlemoux 12 Juin 2025
L’intelligence artificielle est brillante, innovante, épatante… et affamée. Deux articles récents du Monde lèvent le voile sur l’envers très énergivore de cette révolution numérique. Entre serveurs survoltés et centres de données aux dimensions nucléaires, la promesse technologique s’accompagne d’un très gros effet rebond. Spoiler : la planète n’a pas signé pour ça.
L’IA, on l’adore. Elle rédige, elle dessine, elle code, elle compose de la musique pour votre chat et répond à toutes vos questions existentielles. Mais chaque requête a un prix… en kilowattheures. L’article du Monde publié le 8 juin le rappelle : l’IA n’est pas une abstraction magique, c’est une machine qui tourne à plein régime, et qui chauffe.
D’après l’Agence internationale de l’énergie, la consommation des centres de données pourrait atteindre 945 TWh par an d’ici 2030, soit la consommation totale du Japon. L’IA pèserait alors près de 3 % de la demande électrique mondiale. Aux États-Unis, ces centres représenteraient presque la moitié de la hausse de la consommation d’électricité d’ici là. Oui, la moitié. Pour faire tourner des chatbots et générer des vidéos de licornes dans le style de Miyazaki.
Et puisqu’il faut bien stocker toutes ces données, les géants du secteur construisent à tour de bras. Le 1er juin, un autre article du Monde décrivait cette nouvelle frénésie immobilière numérique. En France, lors du sommet « Choose France », 26 milliards d’euros ont été investis dans ces infrastructures, soit presque quatre fois plus qu’en 2024.
Certains projets visent des puissances électriques de 1 à 1,4 GW, soit l’équivalent d’un EPR flambant neuf. Exemple : à Fouju, en Seine-et-Marne, MGX et Mistral AI vont construire un centre de données de 8,5 milliards d’euros. À Cambrai, c’est 10 milliards misés par Data4. L’IA a beau vivre dans le cloud, elle s’incarne dans des bâtiments qui consomment plus que des villes entières.
C’est l’histoire d’une promesse technologique qui devait nous rendre plus efficaces, et qui finit par consommer plus que jamais. Car en plus de l’électricité, ces centres avalent de l’eau, mobilisent des matériaux rares, et émettent des tonnes de CO₂. L’empreinte environnementale du numérique, déjà préoccupante, s’alourdit à mesure que l’IA s’installe partout.
Certes, on parle de plus en plus d’IA frugale, de centres « verts » et de recyclage d’énergie. Mais pour l’instant, la tendance est à l’hypercroissance. Et comme toujours, l’innovation précède la régulation.
Ces deux articles viennent confirmer ce que l’on pressentait : la révolution numérique ne rime pas avec dématérialisation. On pensait avoir numérisé nos vies pour gagner en sobriété ? C’est raté. La pollution numérique est bien réelle, et l’intelligence artificielle y ajoute une couche XXL. Une chose est sûre : les serveurs n’ont jamais autant transpiré. Et nous, il va falloir qu’on commence à réfléchir à ce qu’on leur demande vraiment.