Submitted: janlemoux 10 Sep 2025
Sopra Steria a publié en juin dernier une étude traitant de l’intelligence artificielle sous un angle particulièrement original. Elle révèle le « brouillard informationnel » et une invisibilisation massive de l’impact écologique de l’IA.
Nouvelle étape de la numérisation de la société, l’IA prend la suite des outils maintenant classiques tels que les moteurs de recherche, qui ont contribué à faire basculer de multiples usages du papier vers le numérique. Un schéma bien connu se répète ici : les outils sont mis à disposition, généralement gratuitement, pour installer leur présence dans le paysage et rendre leur utilisation incontournable. Aucune analyse sociétale ni à plus forte raison environnementale, par manque ou rétention d’informations, ne permet d’objectiver ou d’alerter sur les enjeux associés à ces nouveaux outils.
Alors que son adoption explose, les discours publics restent focalisés sur l’innovation, occultant les conséquences environnementales. Au mieux, l’enjeu de l’environnement est traité sous un angle enthousiaste : eh oui, l’IA permettrait de faire tellement mieux et plus vite pour sauver la planète. Ce discours a pourtant déjà prouvé largement ses limites, du fait de l’effet rebond et de l’explosion d’usages plus ou moins nécessaires qui n’existaient pas avant l’apparition de l’intelligence artificielle. Sans parler de la désinformation climatique générée par IA, en hausse depuis novembre 2024.
Ce brouillard informationnel est alimenté par des méthodes de mesure hétérogènes, une polarisation idéologique et une défiance envers l’expertise scientifique. Quelques chiffres de cette étude sont particulièrement frappants :
L’étude Sopra Steria a poussé ses analyses : elle nous dit que pour les 100 leaders IA repérés par Time Magazine, l’environnement est un sujet annexe. La question climatique est reléguée à la 8ème place des sujets les plus abordés par les figures emblématiques que sont Sundar Pichai, Sam Altman, Satya Nadella, Mark Zuckerberg ou encore Jensen Huan. Inversement, seuls 2,8 % des 314 419 messages publiés sur LinkedIn par les figures de la lutte contre le réchauffement climatique traitent de l’IA. Et dans les médias, le traitement du sujet est majoritairement « tech-friendly ».
Mis devant le fait accompli, les pouvoirs publics ne réagissent pas, ou trop tard, et pour n’imagine que des mesures qui pérenniseront l’IA en espérant son développement « responsable ».
Un nouvel exemple de pollution numérique, donc, dont l’usage se répand selon des schémas connus, et qui devraient donc être anticipés.