Submitted: janlemoux 8 Jan 2026
L’ADEME publie un rapport prospectif sur la consommation d’électricité des datacenters. Au programme, explosion à prévoir d’ici 2035, et recommandation de numérique responsable. Et si on repensait aux modes de communication alternatifs ?
Le rapport de l’ADEME met en évidence un enjeu majeur pour la transition énergétique : la trajectoire future du numérique pourrait entraîner une croissance très rapide et difficilement soutenable de la demande d’électricité. En 2024, la consommation électrique des centres de données (datacenters) est estimée à environ 10 TWh pour répondre aux usages des Français, en incluant les infrastructures situées à l’étranger. Un chiffre considérable, malgré la difficulté de disposer de données fiables et à jour sur la pollution numérique. Cette valeur constitue le point de départ d’une dynamique fortement ascendante dans la plupart des scénarios prospectifs étudiés.
Le scénario tendanciel, qui prolonge les évolutions actuelles sans inflexion forte des politiques publiques, apparaît particulièrement préoccupant. Sous l’effet combiné de l’essor de l’intelligence artificielle, du cloud, de la blockchain, de l’Internet des objets et des usages machine-à-machine, la consommation électrique des centres de données pourrait être multipliée par 3,7 sur le seul territoire français d’ici 2035. En tenant compte des centres de données étrangers mobilisés pour les usages nationaux, cette hausse atteindrait un facteur 10,5 ! À plus long terme, les projections indiquent un risque de multiplication par 30 de la consommation totale à l’horizon 2050, soulignant une pression potentiellement critique sur les systèmes électriques et les trajectoires climatiques. Un point intéressant ressort d’ailleurs de cet exercice prospectif, faisant apparaître que les deux tiers de l’électricité utilisée correspondrait à des centres de données situés à l’étranger, montrant notre dépendance d’autres pays, dans un contexte géopolitique inquiétant.
Les scénarios alternatifs montrent que cette trajectoire n’est pas inéluctable, mais qu’elle dépend fortement des choix collectifs. Les scénarios « Technologies Vertes » et « Pari Réparateur », misant principalement sur l’innovation et l’efficacité technologique, limitent partiellement l’empreinte carbone unitaire mais laissent subsister une croissance très élevée des volumes d’énergie consommée. Le rapport souligne que les gains d’efficacité, la récupération de chaleur fatale ou l’amélioration des systèmes de refroidissement ne suffisent pas, à eux seuls, à compenser l’explosion des usages numériques.
À l’inverse, les scénarios « Génération Frugale » et « Coopérations Territoriales » illustrent qu’une politique volontariste de sobriété numérique, combinée à un encadrement territorial et réglementaire des datacenters, permettrait de contenir, voire de réduire à terme, la consommation électrique du secteur. Le rapport conclut ainsi que sans une action structurante sur les usages, le développement rapide des centres de données constitue un risque majeur de dérapage énergétique, incompatible avec les objectifs climatiques et de neutralité carbone de la France.
Le Sénat s’était déjà inquiété de l’évolution du numérique en France. De manière répétée, ces rapports évoquent la nécessité d’un numérique responsable… sans conséquences concrètes. Il est bien évident que rien n’est fait pour brider l’usage inconsidéré du numérique. Et si les pouvoirs publics élargissaient le champ des solutions, et prenaient en compte d’autres modes de consommation ? Le papier notamment présente un bilan environnemental remarquable, pour une industrie locale, limitant notre dépendance aux géants du numérique.