Submitted: janlemoux 13 Avr 2026
Les données présentées par COPACEL à l’occasion de sa conférence de presse annuelle présentent à nouveau une tendance de fond : le recul durable de l’usage du papier graphique, qu’il s’agisse de l’édition de presse ou des supports publicitaires papier, sous l’effet conjugué de la digitalisation et des arbitrages économiques des consommateurs.
En 2025, la production européenne de papiers graphiques recule encore fortement (–7,2 %), dans un contexte de baisse continue de la consommation. Au niveau national, la production de papier graphiques a diminué de 2% par rapport à 2024, confirmant une tendance baissière observée depuis près de deux décennies. La production française de papiers graphiques est ainsi passée de 4,3 millions de tonnes en 2005 à moins de 800 000 tonnes en 2024, soit une baisse de 80%.

Un mouvement qui ne relève plus de la conjoncture, mais bien d’une mutation profonde des usages du papier.
Facturation électronique, gestion documentaire digitalisée, presse en ligne : le papier perd progressivement son rôle historique de support d’information, comme nous avons déjà au l’occasion de le déplorer ici... Même le segment du papier bureautique, autrefois pilier du secteur, s’inscrit dans une trajectoire descendante, malgré quelques signaux de stabilisation liés au retour partiel au bureau. Le marché du livre, lui aussi, entre dans une phase de normalisation après des années atypiques. En 2025, les ventes de livres physiques s’inscrivent en recul, dans un contexte de pouvoir d’achat sous tension.Le livre reste un objet culturel central, mais devient un achat plus réfléchi, plus sélectif. Les consommateurs arbitrent davantage, privilégiant l’essentiel au détriment du superflu.
Du côté des imprimés publicitaires, la rupture est encore plus nette. Le recul des volumes s’accélère, sous l’effet combiné :
L’expérimentation du dispositif « Oui Pub », qui limitait la distribution aux seuls foyers volontaires, a mécaniquement réduit la diffusion dans certains territoires, même si la mesure n’a pas été généralisée. Mais au-delà, c’est toute la logique de la publicité papier qui est remise en question. Les annonceurs privilégient désormais des stratégies plus fines, où le digital occupe une place centrale, même si sa performance à du mal à faire ses preuves.
Même les échéances électorales, traditionnellement consommatrices de papier, génèrent aujourd’hui moins de volumes, signe d’un basculement durable des pratiques.
Au-delà des spécificités sectorielles, ces évolutions racontent une même histoire : celle d’un consommateur plus attentif, plus contraint et plus sélectif.
Ce recul des papiers graphiques ne signifie pas la disparition du papier, mais son repositionnement. Car dans le même temps, d’autres segments progressent ou résistent mieux, notamment ceux liés à l’emballage ou à l’hygiène. En toile de fond, une transformation s’opère : le papier passe d’un support de communication de masse à un matériau fonctionnel, inscrit dans une économie plus utilitaire et plus durable. Une mutation qui n’est toutefois pas sans poser des questions sociétales essentielles, sur les sources d’information, la démocratie, l’éducation et l’apprentissage, ou l’accès aux services publics.
Pour autant, les chiffres publiés par COPACEL montrent que la production papetière, dans ses différents usages, et toujours une championne de l’économie circulaire, tant par l’origine de ses matières premières, son taux de recyclage à nouveau remarquablement haut (87%), que les montants engagés par les papetiers pour se fournir en papiers et cartons issues du tri, en vue de leur recyclage, dépassant 500 M€ .